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Démonstration de faisabilité: un tigre de papier?

Début juin 2009, une délégation de seize membres de différents partis et organisations environnementales suisses a effectué une visite au laboratoire souterrain du Mont Terri (JU). Les visiteurs, guidés à travers les galeries, ont pu en apprendre davantage sur l’exploration des argiles à opalines. Malgré des questions non élucidées et des travaux de recherche inachevés, ces argiles ont été retenues en 2006 par le Conseil fédéral comme roche hôte pour le stockage souterrain des déchets radioactifs. Les géologues du projet Mont Terri ont surtout pu montrer une chose: les questions en suspens n’ont pas encore trouvé de réponses. On ne peut pas modéliser le facteur humain, que ce soit pour 10, 100, 1000 ans ou 1 million d'années.

Quelques impressions de la visite au laboratoire souterrain du Mont Terri

Sous la direction du Service géologique national de swisstopo, 14 entreprises et institutions partenaires d’Europe, du Japon, du Canada et des Etats-Unis étudient depuis 1996 les argiles à opalines et leurs propriétés en vue d’un stockage souterrain de déchets radioactifs au laboratoire du Mont Terri, propriété du canton du Jura. Le projet du Mont Terri comprend une série d’expériences individuelles réalisées et financées par les différents partenaires. Les données brutes obtenues constituent la base des analyses de sécurité et des études de faisabilité. Les résultats, évaluations et rapports sont accessibles à tous les partenaires, mais également au public.

La délégation, composée de représentants de Greenpeace, de la Fondation suisse de l'énergie (FSE), du WWF, de Kampagnenforum, des Verts et d’Écologie libérale, a été accueillie un mardi matin ensoleillé par Marcos Buser, président de la Commission cantonale de surveillance, à la gare de St-Ursanne. Après une brève pause café dans l’ancienne usine de chaux de St-Ursanne, les exposés concernant le projet Mont Terri ont commencé.

Marcos Buser, géologue, a exposé en introduction une brève théorie sur l’incertitude des pronostics d’avenir et expliqué la relative précision des prévisions géologiques. Grâce à des variables qui ne changent que lentement, celles-ci peuvent être envisagées sur de longues périodes. Il est plus difficile de prévoir les évolutions sociales, par exemple la situation politique dans mille ans. «Du point de vue géologique, le stockage souterrain doit être gardé sous contrôle», pense Marcos Buser. «Il reste toujours la question de la gestion sociale de ce problème. Il faut faire comprendre à la société que des déchets qui resteront dangereux pour une longue période ont été produits. Les risques existent si, plus tard, on fore les dépôts souterrains ou si l’on doit récupérer les déchets pour une raison ou pour une autre.»

Problème techniquement résolu?
Les autres intervenants, le Dr Paul Bossart du Service géologique national de swisstopo, directeur du Mont Terri, le Dr Andreas Gautschi de la Nagra (Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs), ainsi que le Dr Hans Wanner, responsable de la Division Sécurité des transports et de la gestion des déchets à l’IFSN (l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire), ont expliqué comment la recherche en laboratoire souterrain fournit les bases de prévisions à long terme concernant le stockage des déchets nucléaires et quels critères techniques de sécurité sont importants pour la démonstration de faisabilité. Celle-ci a été déposée auprès de la Confédération par la Nagra en 2002. En été 2006, le Conseil fédéral a approuvé la démonstration de faisabilité, malgré des questions en suspens auxquelles notamment la recherche au Mont Terri doit répondre. La faisabilité technique d’un stockage géologique de déchets hautement actifs a ainsi été reconnue officiellement. La procédure de recherche d’un site géologique de stockage souterrain en Suisse a été confiée à l’Office fédéral de l’énergie (OFEN); c’est la Nagra qui se charge de proposer des sites. Depuis, la procédure de plan sectoriel, qui doit conduire à un site de stockage définitif d'ici 2017 au plus tôt, est en cours.

Dans le cadre de l’évaluation de la démonstration de faisabilité par l’IFSN et swisstopo, la Commission de sécurité nucléaire (CSN), la Commission fédérale de la sécurité des installations nucléaires (CSA) ainsi qu’un groupe d’experts international (NEAIRT), des questions ont été soulevées au sujet du concept de la Nagra. Que deviennent les matériaux utilisés pour les containers renfermant les déchets? Y a-t-il des émissions de gaz et quelles sont les conséquences pour les roches environnantes? Comment se comportent-elles suite à certaines modifications déclenchées dans les argiles à opalines par les travaux et le stockage des déchets? Qu’advient-il des argiles lorsqu’elles sont chauffées pendant des années par les containers à déchets chauds?

Paul Bossart, directeur du laboratoire de recherche, essaie de répondre à ces questions et à d’autres en son âme et conscience: «En ce qui concerne les barrières artificielles, les containers en acier qui protègent les déchets nucléaires, il y aura encore quelques modifications à l’avenir. La barrière naturelle, les argiles à opalines, est à mon avis trouvée.»

Visite sous terre
Pendant le repas de midi dans la petite ville historique, la délégation a pu discuter avec les représentants du projet Mont Terri, de la Nagra, de l’IFSN et du canton avant de se rendre au laboratoire souterrain en bus. A 350 m de profondeur, Paul Bossart joue le guide à travers les galeries, montre et explique aux spectateurs intéressés les différents projets de recherche. La délégation est témoin des célèbres «fissures dans les argiles à opalines», dont le comportement fait partie d’une expérience en cours. D’autres expériences analysent la diffusion des éléments radioactifs et leurs propriétés de rétention dans les argiles à opalines, ou la capacité d'absorption d'eau de la bentonite (quantité d'argile qui doit remplir les cavités autour des containers pour le stockage des déchets hautement actifs). Pour les profanes, la bentonite est connue sous le nom de « litière pour chats».

A la fin de la visite, reste l’impression que les argiles à opalines sont, du point de vue géologique, une roche idéale pour le stockage de déchets nocifs. Les avantages présentés par les scientifiques apparaissent clairement. Selon Robin Riedmann, doctorant en physique nucléaire et membre du comité directeur des Jeunes Verts: «Du point de vue géologique, le stockage souterrain dans les argiles à opalines semble plausible. L’argument principal contre le stockage souterrain selon le concept actuel – je le dis en tant que scientifique – n’est pas la science elle-même, mais l’être humain.»

Urs Wittwer, responsable de la campagne nucléaire chez Greenpeace, met l’accent sur le problème: «Nous ne pouvons pas prévoir les évolutions terrestres et souterraines sur cette planète. Je ne sais pas ce qui va arriver dans 100 ans, encore moins dans 10 000 ans. Là est le principal problème.» Le directeur du projet Mont Terri lui-même ne le nie pas: «Dès que les humains sont impliqués, on ne peut plus prévoir ce qui va se passer.»

Conclusion
La visite a été fructueuse. L’information transparente de la part des scientifiques était louable et intéressante. Pourtant, les faits scientifiques géologiques restent non vérifiables pour les profanes. Ce qui ressort une fois de plus, c’est la contradiction entre la démonstration de faisabilité approuvée et la recherche en cours sur les
«questions encore non élucidées». Jürg Buri, de la FSE, tire la conclusion suivante: «Aujourd’hui, j’ai appris que la démonstration de faisabilité n’existe que sur le papier. Les expériences sont encore en cours, de nombreux aspects techniques allant jusqu’au matériau approprié pour les containers ne sont pas encore définis.»

Pour de plus amples informations : www.mont-terri.ch